“La Cour des comptes critique le DPE : ce que révèle vraiment le rapport 2025”
Depuis quelques années, le diagnostic de performance énergétique est devenu l’un des documents les plus influents du marché immobilier français. Il ne se limite plus à informer sur la consommation d’énergie d’un logement. Il conditionne désormais certaines ventes, influence les financements bancaires et détermine progressivement la possibilité de louer un bien.
Dans ce contexte, la fiabilité du DPE est devenue un enjeu
majeur.
Le 3 juin 2025, la Cour des comptes a publié un rapport
particulièrement attendu sur la mise en œuvre du diagnostic de performance
énergétique depuis sa réforme de 2021. Ce rapport dresse un bilan contrasté :
il reconnaît le rôle central du DPE dans la politique de rénovation
énergétique, mais souligne également plusieurs fragilités structurelles dans
son fonctionnement. 
Le premier reproche formulé par la Cour concerne la manière
dont la réforme a été déployée. Selon les magistrats financiers, la
transformation du DPE en outil central de politique publique a été menée dans
des délais très courts, sans étude d’impact globale préalable. Cette
précipitation a généré de nombreuses difficultés lors de la mise en œuvre,
aussi bien pour les professionnels du diagnostic que pour les particuliers
confrontés à ce nouveau dispositif. 
La Cour souligne également que le diagnostic est désormais
associé à des conséquences réglementaires importantes. L’interdiction
progressive de louer les logements les plus énergivores – classe G en 2025, F
en 2028 et E en 2034 – renforce considérablement le poids de ce document dans
les décisions immobilières. Un diagnostic qui était autrefois simplement
informatif devient ainsi un élément déterminant dans l’accès au logement ou
dans la valorisation d’un bien. 
Dans ce contexte, toute incertitude sur la fiabilité des
résultats devient un sujet sensible.
Le rapport pointe notamment l’hétérogénéité des pratiques
professionnelles. Le nombre de diagnostics réalisés a fortement augmenté ces
dernières années – plusieurs centaines de milliers chaque mois – et le nombre
de diagnostiqueurs a progressé rapidement pour répondre à cette demande. Cette
expansion rapide du secteur a parfois créé des écarts de qualité entre les
diagnostics, alimentant un sentiment d’incohérence chez certains propriétaires
et acquéreurs. 
La Cour s’interroge aussi sur l’organisation du contrôle de
la filière. Aujourd’hui, une grande partie de la supervision repose sur des
organismes certificateurs privés. L’État intervient principalement via l’Ademe,
qui centralise les diagnostics dans une base nationale, et via la DGCCRF pour
contrôler certaines pratiques commerciales. Cependant, ces contrôles restent
souvent indirects ou statistiques et ne permettent pas toujours d’évaluer en
profondeur la qualité technique de chaque diagnostic. 
Autre point sensible évoqué dans le rapport : la proximité
parfois observée entre les organismes de formation et les organismes de
certification. Dans certains cas, une même structure peut participer à la
formation des diagnostiqueurs puis intervenir dans leur processus de
certification. Cette situation peut créer un risque de conflit d’intérêts et
fragiliser la crédibilité globale du système. 
Face à ces constats, la Cour des comptes formule plusieurs
recommandations. Elle préconise notamment une séparation plus stricte entre les
activités de formation et de certification, un renforcement des contrôles
statistiques des diagnostics et une meilleure information du public sur les
recours possibles en cas de contestation d’un DPE. 
L’objectif n’est pas de remettre en cause l’existence du
DPE, mais de renforcer la confiance dans cet outil devenu incontournable.
Car aujourd’hui, le diagnostic de performance énergétique
occupe une position paradoxale dans le marché immobilier. Il est à la fois un
instrument technique, un levier de politique publique et un document juridique
opposable dans certaines situations.
Dans ces conditions, sa crédibilité repose autant sur la
qualité de la méthode que sur l’organisation de la filière qui le produit.
Le rapport de la Cour des comptes rappelle ainsi une réalité
souvent oubliée : le DPE n’est pas seulement une question de calcul
énergétique. C’est aussi une question de gouvernance, de contrôle et de
confiance dans le dispositif.