Mon voisin est classé C, moi je suis classé E : comment est-ce possible ?
Dans une même rue, deux maisons construites la même année,
avec la même surface, le même type de toiture et parfois même le même plan
intérieur peuvent afficher deux classes énergétiques différentes. L’un obtient
un C rassurant. L’autre découvre un E, parfois un F. La réaction est presque
toujours la même : incompréhension, suspicion, comparaison immédiate. Comment
est-ce possible alors que les bâtiments semblent identiques ?
La première chose à comprendre est que le Diagnostic de
Performance Énergétique ne compare pas des apparences. Il analyse des
caractéristiques techniques précises. L’isolation réelle des murs, la nature
exacte des menuiseries, la présence ou non d’isolant en combles, le type de
plancher bas, la performance du système de chauffage, la production d’eau
chaude, la ventilation. Deux maisons visuellement similaires peuvent en réalité
être très différentes dans leur composition thermique.
Prenons un cas fréquent en Normandie. Deux pavillons des
années 1980. L’un a vu ses combles isolés il y a dix ans avec un isolant épais
et continu. L’autre possède encore 10 centimètres de laine ancienne, tassée,
parfois discontinues. À l’œil nu, rien ne distingue les deux. Dans le calcul
réglementaire du DPE, la différence est pourtant majeure. La déperdition par la
toiture peut à elle seule faire basculer une classe.
Il en va de même pour les systèmes de chauffage. Une
chaudière fioul ancienne, même entretenue, n’a pas le même rendement qu’une
pompe à chaleur récente. Deux maisons peuvent consommer des montants similaires
en euros si les habitudes d’occupation diffèrent, mais le DPE ne repose plus
sur les factures. Depuis la réforme, la méthode dite 3CL évalue le bâtiment de
manière standardisée, indépendamment du comportement des occupants. Ce qui est
mesuré, ce n’est pas votre facture réelle, mais la performance théorique du
bâti.
La comparaison avec le voisin est donc souvent trompeuse.
Elle repose sur l’idée que deux biens proches sont équivalents. Or le DPE est
sensible à des détails invisibles : ponts thermiques non traités, absence de
rupture d’isolation en plancher intermédiaire, ventilation naturelle au lieu
d’une VMC, simple vitrage conservé sur une extension arrière. Chaque élément
pèse dans le calcul final.
Il faut aussi rappeler un point rarement évoqué : le DPE est
une photographie à un instant donné. Il dépend des informations accessibles le
jour de la visite. Un plancher non accessible, une isolation non visible et non
justifiée par une facture, un doublage intérieur dont la composition est
inconnue peuvent conduire à retenir des valeurs par défaut moins favorables. Ce
n’est pas une pénalisation arbitraire. C’est l’application d’une méthode
nationale qui impose des hypothèses prudentes en l’absence de preuve.
Autre facteur souvent sous-estimé : la surface et la
compacité. Une maison mitoyenne, protégée par deux voisins, perd naturellement
moins de chaleur qu’une maison isolée sur quatre façades. Deux habitations dans
la même rue peuvent donc afficher des résultats différents simplement en raison
de leur implantation.
La frustration naît généralement de l’écart de classe, pas
du calcul lui-même. Entre C et E, il y a deux lettres, mais surtout une
perception de valeur différente. Sur le marché immobilier, cette différence
peut influencer le prix de vente, la capacité à louer, ou la négociation
bancaire. Pourtant, elle ne signifie pas que l’un des deux diagnostics est
“faux”. Elle signifie que le niveau de performance thermique du bâti n’est pas
identique dans le détail.
Peut-on pour autant se tromper dans un DPE ? Oui, comme dans
toute mission technique, une erreur est possible. Une surface mal relevée, une
donnée mal saisie, un système mal identifié peuvent impacter le résultat. Mais
dans la majorité des cas, l’écart entre deux voisins ne relève pas d’une
erreur, mais d’une différence réelle, parfois minime, parfois structurelle.
La vraie question n’est donc pas de savoir pourquoi le
voisin est mieux classé. La vraie question est de comprendre ce qui, dans votre
propre logement, pèse sur la note. Isolation des combles, remplacement des
menuiseries, changement de générateur de chauffage, amélioration de la
ventilation. Le DPE ne juge pas. Il révèle un niveau de performance énergétique
à un moment donné.
Comparer peut être utile, à condition de comparer
techniquement. La classe énergétique n’est ni une médaille ni une sanction
morale. C’est un indicateur. Et comme tout indicateur, il prend son sens
lorsqu’on en comprend la méthode, les limites et les leviers d’amélioration.
En 2026, le DPE influence la vente, la location et parfois
le financement. Mais il ne dit pas tout d’un bien. Il n’évalue ni
l’emplacement, ni la qualité architecturale, ni la valeur patrimoniale globale.
Il mesure la performance énergétique réglementaire. Rien de plus. Rien de
moins.
Si votre voisin est classé C et que vous êtes classé E, la réponse n’est pas dans la comparaison. Elle est dans les caractéristiques réelles de votre bâtiment. Et c’est en les analysant objectivement que l’on peut décider, ou non, d’agir.